10 novembre 2016

La Peur de Stephan Zweig

La Peur
D'après la nouvelle de Stefan Zweig
du 07 octobre au 31 décembre
au Théâtre Michel

Adaptation et mise en scène Elodie Menant
avec Hélène Degy, Aliocha Itovich et Ophélie Marsaud


La pièce :
Stefan Zweig excelle dans la description des tourments intérieurs de ses héros. Sa nouvelle, « La Peur », en est le meilleur exemple.
Irène, mère au foyer, trompe son mari, Fritz, avocat pénal. Un soir, une femme l’interpelle à la sortie de chez son amant. Elle prétend être la petite amie de ce dernier, interdit à Irène de revenir le voir et lui réclame de l’argent en échange de son silence.
Dès lors, Irène vit dans la hantise que son mari apprenne sa liaison.
Digne d’un roman à suspense, la pièce se déroule au rythme haletant des angoisses de cette femme, adultère traquée par l’étrange compagne de son amant. On assiste à la dégradation inexorable d’un couple qui ne se comprend plus…
Comment garder le secret et échapper à cette tourmente sans fin ?
Son couple vacille jusqu’au dénouement, véritable coup de théâtre.
Du grand Stefan Zweig !


Mon avis :
Excellente pièce de théâtre.
Beaucoup d'intensité dans le jeu d'acteur, et mention particulière pour Hélène Degy, qui joue le rôle d'Irène, et passe par des états émotionnels varié tel que l'amour, la peur, la folie, la colère, et finit devant le public rouge et en larme lors du salut final.




Les deux autres personnages sont plus discrets mais les acteurs ne déméritent pas. Ils jouent juste, sans trop laisser d'indices quand au dénouement final, mais tout en le rendant probable. Le spectateur est libre de supposer d'une issue finale, mais il est difficile de s'imaginer cette révélation qui laisse le public bouche-bée.

Stephan Zweig (Le joueur d’échecs, Vingt-quatre heures de la vie d'une femme) s'avère une fois encore un grand auteur, capable de nous servir des histoires où l’âme humaine est plus tourmentée que jamais par son passé, par ses mensonges, par ses manipulations...

La mise en scène est également sobre et efficace. Quelques panneaux de bois sur roulettes, et voilà un espace modulable avec les personnages tantôt à l’intérieur, tantôt à l’extérieur de leur appartement, qui passent d'une pièce à l'autre, de jour comme de nuit.

Sans hésiter, une des meilleurs pièces vue cette année.


Bande annonce :


Au théâtre Michel jusqu'au 31 Décembre.

07 novembre 2016

The Birth of a Nation

The Birth of a Nation
de Nate Parker
avec Nate Parker, Armie Hammer, Mark Boone Junior

Synopsis :
En un temps précédant la Guerre Civile américaine, Nat Turner est un prédicateur et un esclave cultivé. Son propriétaire, Samuel Turner, financièrement sous pression, accepte une offre visant à utiliser les dons de prédication de Nat dans le but d'assujettir des esclaves indisciplinés. Après avoir été témoin des atrocités commises à l'encontre de ses camarades opprimés, Nate conçoit un plan qui peut conduire son peuple vers la liberté.




Mon avis :
*attention cette critique contient des spoilers*
Ce drame est la version afro-américaine de Braveheart. Il raconte la vie d'un esclave né en 1800 et mort en 1831 en Virginie. Témoin du mauvais traitement -ou plutôt des atrocités- dont étaient victimes ses frères Noirs à l'époque, il va mener une rébellion qui finira dans le sang.



Contrairement à l'affirmation d'Abd al Malik (voix française du personnage principal) présent lors de cette projection organisée par allociné, je n'ai pas du tout trouvé ce film humaniste.

Le choix a été fait de faire évoluer le personnage principal dans un monde injuste, sans contrepoids. Il est le témoin de traitements horribles qui laissent tout le monde indifférent. A aucun moment il ne rencontre un Blanc qui trouve la situation anormale, alors qu'historiquement il y avait forcément déjà des voix -en dehors de celle des esclaves- qui s'élevaient contre l'esclavage (la traite négrière fut interdite officiellement sur le territoire américain à partir du 1er janvier 1808)
Cette histoire nous livre une version simpliste du monde, dans laquelle les choses sont polarisées, soit noires, soit blanches, alors qu'en vérité le monde est souvent gris.

Les autres récents films sur l'esclavage (Twelve Years a Slave, Django Unchained) nous montraient des versions de l'histoire qui étaient porteuses d'espoir, car certains Blancs y venaient au secours des noirs.
Ces films là sont humanistes, ces films là nous donnent envie de croire en la solidarité et en la compassion humaine.


Ici le personnage principal est le seul à se lever contre l'injustice. Mis à part ses frères esclaves, le monde entier est contre lui. Son frère Blanc n'est qu'un individualiste, qui finit par le lâcher et le trahir pour ses intérêts personnels. Lui finit lynché par la population en furie, pendu sur la place publique, ce qui n'est pas sans rappeler la Passion du Christ.


Voilà comment on fabrique du martyr.
Je ne remets pas en question le courage, la force intérieure incroyable qu'il faut pour prendre le risque de perdre sa vie pour les siens.
Je ne nie pas qu'il mérite d'être érigé en héros, lui dont la communauté est toujours - 2 siècles plus tard- victime d'injustices.
Je préfère simplement les histoires qui donnent espoir, qui incitent à se réconcilier, et pas celles qui présentent la violence comme seul échappatoire possible.


La bande annonce :

22 octobre 2016

L'Ombre fait la lumière sur la perte des idéaux



L'Ombre, conte théâtral d'Evguéni Schwartz
au Théâtre de Ménilmontant


Mise en scène : Mathilde LOUARN
Distribution : Flavie BITAUD, Morgane EYDMANN, Gauthier IUNG,
Viviane LAMBERT, Mary LANDRET, Rémi MUSSETA, Antoine WU


- Vous ne croyez pas aux contes de fées ?
- Sans l'ombre d'un doute.
- Méfiez-vous : parfois, quand vous rêvez, leurs créatures sortent de l'ombre



Synopsis :
Dans une petite ville du sud arrive un jeune Savant pour ses recherches dont le but ultime est le bonheur de l'humanité.
Petit à petit, il se rend compte qu'il a atterri au Pays des Contes de fées. Il tombe amoureux de la Princesse héritière et lui envoie son Ombre pour lui faire la cour. L'Ombre va se révéler moins digne de confiance qu'il n'y paraît.
A travers les aventures tragicomiques d'un humain égaré au Pays des Contes, Schwartz brosse une satire féroce de la société soviétique de son temps.
Une satire qui fait sens dans les sociétés follement individualistes d'aujourd'hui.





Mon avis :
Derrière ce conte et ses personnages imaginaires se cache une critique du régime stalinien, dont l'auteur Evguéni Schwartz était coutumier. Même si celui-ci a réussi à éviter le goulag, L'Ombre a été interdite par le pouvoir soviétique en 1930.

L'histoire se déroule dans un monde imaginaire où les individus qui ont des valeurs, des idéaux sont malmenés par les gens au pouvoir, parce qu'ils souhaitent le garder.

Il est difficile de se mettre dans l'histoire, notamment à cause de la mise en scène qui a choisi de nous montrer des personnages secondaires très farfelus. Une jeune femme habillée en chat, une mère opprimante et son arbalète, un ogre extraverti et sa perruque blonde, tous forcent sur les traits
et on a du mal à accrocher.

Pourtant lorsque l'histoire avance, on fait inévitablement des parallèles entre ce monde imaginaire et une société verrouillée. En effet, l'univers est riche en symbole. L'ombre, double du personnage principal, est son côté obscur. Voulant accéder au pouvoir, il fait des alliances, manipule des gens pour écarter la princesse de son amour. Ce dernier au contraire n'est intéressé que par la princesse, il est même prêt à renoncer au pouvoir royal : il symbolise la vertu, l’honnêteté, le désintéressement.

Mais l'homme et son ombre sont liés. Ils sont les deux facettes d'un seul être, et ne peuvent vivre l'un sans l'autre. La morale, si l'on doit en designer une, c'est que le pouvoir corrompt inexorablement les individus vertueux, et qu'il est très compliqué pour la princesse (qui représente le pouvoir et l'idéologie communiste) de trouver un mari (c'est à dire un représentant) honnête.


plus d'infos :
https://www.menilmontant.info/fr/programme/ombre
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