26 juin 2018

La Mouette d'Anton Tchekhov


La Mouette (1896) d'Anton Tchekhov


Note de la production :
Dans cette comédie d'Anton Tchekhov, Medvedenko aime Macha, qui aime Constantin, qui aime Nina, qui aime Trigorine aimé par Arkadina...
Une ronde de fiascos où tous rêvent de changement, de transformation, de succès.
Cette nouvelle mise en scène de "La Mouette", dont Johanna Boyé fait évoluer l'intrigue dans notre temps, souligne ces élans de la jeunesse, la fragilité des débuts et la naissance d'une vocation artistique.
Les obsessions et fantasmes des personnages prennent corps et nous plongent dans l'onirisme. Tout comme la présence de ce lac, lieu de tous les possibles où les personnages vont tour à tour perdre leur âme, puis leur existence.


Artistes : Michaël Augusto, Marie Chasteau De Balyon, Wilhem Frénée, Marion Le Moign, Étienne Pietri, Thibault Sauvaige, Caroline De Touchet
Metteur en scène : Johanna Boyé


Mon avis :
Ah le grand Anton Tchekhov ! Cet auteur parvient, avec ses intrigues et ses personnages, à decrire l'humanité et ces multiples contradictions, avec ses joies, ses peurs, ses envies, ses démons.

Comme dans Oncle Vania (1897), des citadins arrivent chez leurs amis, dans une russie rurale, isolée du monde. L'équilibre de ce petit monde est alors chamboulé par les nouveaux venus...
Comme dans Platonov (1878), les personnages cherchent toujours l'impossible, l'inaccessible, même si ces quêtes individuelles ont des consequences désatreuses pour leur entourage.

Le thème principal est la quête du bonheur. Et pour trouver le bonheur (aussi futile soit-il car il ne s'agit que d'un instant) il faut atteindre ses objectifs, combler ses attentes. Mais tant que la realité n'est pas alignée avec ces attentes, le bonheur reste inaccessible, d'où les personnages torturés à différents degrés.

Dans cette pièce, chacun désire quelque chose qu'il n'a pas. Si la vie en communauté semble paisible et joyeuse au début, avec le temps naissent des désirs, et chacun finit par courrir après quelque chose qu'il ne peut atteindre.

D'abord Arkadina, la mère égocentrique, ne pense qu'à sa gloire et son argent, et ne réalise pas le besoin de reconnaissance de son fils Konstantin. Celui-ci est rongé par son attente d'amour maternel non assouvi.

Konstantin a des rêves de grandeurs. Il se rêve auteur, mais il est sans emploi, et ne parvient pas à l'autonomie matérielle, à s'insérer dans la société. La condition sociale est évidement un facteur qui a son influence, comme souvent avec Tchekhov.

Nina, la petite amie de Konstantin, va voir sa vie chamboulée à l'arrivée de Trigorine, un écrivain reconnu. Elle va se mettre à rêver d'une autre vie, en ville. Elle se lancera dans l'aventure, sans regrets, même si au bout du chemin le reveil sera rude.

Trigorine lui aspire à de la tranquilite. Il revendique sa simplicité, s'interesse à la nature, à la pêche. Sans prétentions, il confie ses techniques d'ecriture, mais son parcours de vie va à l'opposé de la simplicité, ses choix de vie l'eloignent de la nature.

Sorine, l'oncle bienveillant est moins tourmenté. Lui a toujours voulu vivre en ville, mais il se contente d'une vie à la campagne, par peur du changement peut-être.

Trigorine est quelque part dans le renoncement. Par exemple, au moment où il a envie de partir, à prendre son destin en main, Arkadia l'en empêche. Et lorsqu'il renonce à cette envie de partir, celle-ci lui laisse finalement faire ce qu'il veut, soulagée de voir qu'elle a toujours de l'emprise sur lui.
Le personnage d'Arkadia est fort. Elle sait ce qu'elle veut, elle sait se battre pour l'obtenir, mais le dénouement dramatique va lui faire réaliser qu'elle ne s'est peut-être pas battu pour les choses importantes pour elle.



Mais que représente la Mouette ?
Dans la pièce, l'ecrivain partage la trame d'une nouvelle qu'il a en tête:
« Une jeune fille passe toute sa vie sur le rivage d'un lac. Elle aime le lac, comme une mouette, et elle est heureuse et libre, comme une mouette. Mais un homme arrive par hasard et, quand il la voit, par désœuvrement la fait périr. Comme cette mouette »
A priori, Nina est le personnage le plus proche proche de "la Mouette", car c'est elle qui voit sa vie bouleversée par la rencontre avec Trigorine. Pour lui, elle quitte le milieu naturel dans lequel elle se sentait si bien, et elle va s'envoler, avant de retomber brutalement.
Mais on peut aussi voir un peu de mouette dans Konstantin. C'est lui qui a le plus d'attentes, en terme de popularité, d'amour, de reconnaissance, et c'est lui qui souffre le plus. L'arrivée de sa mère et de Trigorine est un chamboulement, et le début d'une dépression dont il ne se remettra jamais.




L'histoire n'est pas très optimiste, certes, mais elle présente des personnages très humains, avec cette vision fataliste de l'humanité dans laquelle le désir mène forcément au drame.

Notons le morceau chanté acapela en fin de pièce "Here comes the sun". Ca fait penser à l'aube, au renouveau, au sens absurde de l'eternel recommencement. Quand le soleil se couche, c'est la delivrance, la fin des souffrances, mais avec l'aube la vie reprend, avec de nouvelles envies, de nouvelles quête du bonheur qui redémarre.


C'est la deuxième representation de cette piece pour moi, et sans conteste la meilleure des deux. Les acteurs sont bons, sur le même niveau d'energie, et la mise en scène est originale par moment, sans être farfelue.

A réserver (si il reste encore des places) sur billetreduc

04 janvier 2018

La Promesse de l'aube


Adaptation du roman de Romain Gary dans laquelle l'auteur raconte son histoire, et notamment le lien avec sa mère, une femme aimante mais à fort caractère, ce qui a eu une grosse influence sur sa vie.



Alors qu'il n'est encore qu'un enfant, leur famille est pauvre, elle est une femme seule, cible de moquerie, et elle promet à ses voisins que Romain deviendra plus tard un grand écrivain, général de l'armée et ambassadeur de France. Cette soif de vengeance, la mère l'a transmise à son fils, et par amour pour sa mère il va tout faire pour satisfaire ses attentes.



D'un coté, cette relation exclusive etait malsaine, car ce pauvre Romain a subit le poids d'un amour démesuré : sa mère ne laissait aucune femme s'interposer entre Romain et elle, car bien sûr aucune d'entre elles ne le méritait. Lui n'avait pas son mot à dire et passa de nombreuses années (voir sa vie entière) à lutter pour atteindre son rêve à elle, et ainsi la venger.
D'autre part, cet amour est si fort, bienveillant, que rien ne peut l'égaler.
Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu'à la fin de ses jours.
Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu.
Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu.

Sans cet amour, sans ce conditionnement maternel, la vie de Romain aurait été toute différente. Peut-être pas moins heureuse, mais certainement moins remarquable.
Une note de 9/10 pour les émotions, les larmes, les très bons acteurs, et on pardonnera certains passages qui paraissent un peu trop romancés pour être crédibles (assassinat de Hitler, explosion d'avion, atterrissage à l'aveugle...)

18 juillet 2017

120 battements par minute



Un film de Robin Campillo
Avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel



Synopsis :

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale.
Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean.




Mon avis :



Le film est très prenant. Nous sommes au coeur de l'association d'Act Up, assistons aux Assemblées Générales avec les militants, et partons en opération avec les activistes.
La plupart sont déjà touché par la maladie, et savent que leurs heures sont comptées.
Mais la concience de la mort qui approche donner une envie supplémentaire de profiter de la vie, de s'engager dans le combat sans retenue, malgré les risques de recevoir des insultes, de se faire arreter ou matraquer..




Les personnages sont hauts en couleur, bien décidés à faire influencer le gouvernement et les organismes étatiques de santé, à faire connaitre leur combat du grand public.
Leur énergie, leur fougue, leur joie de vivre est communicative.





Au casting, la plupart des noms sont inconnus. Seule Adèle Haenel fait figure d'exception puisque qu'on l'a vue -et appréciée- dans Les Ogres, L'Apollonide, Déchaînées, Une heure avec Alice).
Un fois encore elle a rôle à de rebelle, forte en gueule comme en conviction.


Ce film donne envie de s'impliquer dans le monde associatif, et donne un bon apercu de la vie dans la communauté homosexuelle parisienne des années 1990. Nous ne sommes pas dans le cliché des orgies echangistes, sado-mazochistes, sans être non plus dans le puritanisme.
Nous sommes juste avec des individus normaux, avec leurs sentiments, leurs parcours, leurs envies, leurs remords, leurs relations.

C'est réaliste, engagé et touchant. Je recommande.


La bande-annonce :



En salle le 23 août 2017
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