10 février 2019

Le Chant du Loup



Le Chant du loup, réalisé par Antonin Baudry 
avec François Civil, Omar Sy, Mathieu Kassovitz et Reda Kateb.



Synopsis
Un jeune homme a le don rare de reconnaître chaque son qu’il entend. A bord d’un sous-marin nucléaire français, tout repose sur lui, l’Oreille d’Or. Réputé infaillible, il commet pourtant une erreur qui met l’équipage en danger de mort. Il veut retrouver la confiance de ses camarades mais sa quête les entraîne dans une situation encore plus dramatique. Dans le monde de la dissuasion nucléaire et de la désinformation, ils se retrouvent tous pris au piège d’un engrenage incontrôlable.




La critique de Thomas
Cette avant-première nous plonge rapidement dans le monde des sous-mariniers. Les premières scènes du film nous offre un dialogue plutôt technique parfois même incompréhensible mais qui après quelques minutes arrive néanmoins à nous mettre sous tension, sensation anxiogène quasiment présente tous au long de l’histoire.

On découvre rapidement tout l’enjeu du personnage de Chanteraide (François Civil) dans son poste d’Oreille d’Or, autrement dit l’analyseur-acoustique, chargé de décrypter tous les sons autour du sous-marin, du simple dauphin au sous-marin ennemi. La bande son joue d’ailleurs son rôle et permet au spectateur de se mettre dans la peau de ce personnage.

Le premier combat au large de la Syrie offre un réalisme convainquant hormis son dénouement qui est l’une des seules scènes en décrochage avec le reste du film et qui se rapproche de la science-fiction.

La relation amoureuse de Chanteraide est le seul bémol du film et n’a que très peu d’intérêt dans le cours de l’histoire.

Pour son premier long-métrage, Antonin Baudry nous offre un film que l’on ressent comme documenté et le débat avec ce denier qui a suivi la protection nous a démontré la passion du réalisateur pour ce monde des sous-marins.

Un très bon divertissement.


En salle le 20 février 2019

23 janvier 2019

My Beautiful Boy


My Beautiful Boy, réalisé par Felix van Groeningen 
Avec Steve Carell, Timothée Chalamet et Maura Tierney


Synopsis
Pour David Sheff, la vie de son fils, Nicolas, un jeune homme billant, sportif, à l’esprit vif et cultivé, était déjà toute tracée : à ses 18 ans, Nic était promis à une prestigieuse carrière universitaire.
Mais le monde de David s’effondre lorsqu’il réalise que Nic a commencé à toucher à la drogue en secret dès ses 12 ans. De consommateur occasionnel, Nic est devenu accro à l'héroïne et plus rien ne semble possible pour le sortir de sa dépendance.
Réalisant que son fils et devenu avec le temps un parfait étranger, David décide de tout faire pour le sauver. Se confrontant à ses propres limites mais aussi celles de sa famille.


Mon avis - !! contient spoilers !!
Une avant-première avec présentation du film par le jeune acteur Timothée Chalamet, grand sourire, vraisemblablement content d'être devant nous, et dégageant une énergie positive.


Une bonne humeur qui rentre en contraste avec le thème du film, assez sombre. Il est question de désespoir, le désespoir d'un père devant le comportement auto-destructeur de son fils, devenu accro aux drogues dures (méthamphétamine, héroïne, médicaments, etc..).

Le réalisateur Felix van Groeningen a déjà à son palmarès plusieurs très bon films dramatiques
* La Merditude des choses (2009) où il était question d'alcoolisme.
* Alabama Monroe (2012) une histoire d'amour puis un deuil, vraiment émouvant.
* Belgica (2016) dans le monde de la nuit, avec ses tentations en tout genre.

Pour ce film, on reste dans le registre du drame, de l'émotion bouleversante. Mais Felix est sorti de sa zone de confort. Il a traversé l'Atlantique, et s'est dôté de belles têtes d'affiche pour ses premiers rôles.



Steve Carell interprête le père. Il est loin des rôles comiques qui l'ont fait connaitre, mais joue très bien un père empathique, tendre, qui alterne entre désespoir et rage de ne pas pouvoir changer son fils. C'est lui le personnage principal du film, et son fils incarné par Timothée Chalamet apparait comme une énigme, un être qui est pris dans une spirale hors de tout contrôle.


Remontent à la surface les souvenirs de l'enfance de son fils, des séquences de nostalgie qui permettent au spectateur de mieux comprendre la construction psychologique de son fils. Des parents séparés, un père placé sur un piedestal, travaillant pour Rolling Stones Magazine, initiant son fils à Nirvana (Est-ce sérieux de faire écouter Territorial Pissings à son fils de 7 ans ?) ou à de la littérature alternative (Attention aux auteurs torturés). Egalement un échange dans lequel le père admet avec un sourire en coin avoir testé certaines drogues dans son enfance, ce que son fils prend non seulement pour un feu vert, mais la drogue devient une terre d'aventure dans laquelle il a l'opportunité de transcender, de dépasser son père, si parfait.

Contrairement aux films de référence sur la consommation d'héroine comme "Requiem for a Dream", "Trainspotting" ou "Basketball Diaries", le film n'est pas centré sur le consommateur. Notre jeune junkie s'exprime peu, sauf lorsqu'il prend la parole durant une cure de désintoxication, et qu'il décrit un grand trou noir à l'intérieur de lui, un grand vide qu'il essaye vainement de combler en prenant toutes les substances à sa portée.



La famille, elle ne sait pas comment réagir face à la lutte contre l'addiction de leur fils. Dans un premier temps, ils l'aident moralement et financièrement, mais au fil du temps, le fils s'éloigne et ils ont de moins en moins d'espoir de sauver leur fils, et réalisent qu'il s'agit de faire le deuil de l'enfant qu'ils ont connu.


Face aux problème de la consomation de drogue dure, ce film a un impact, car il sensibilise le public.
Il n'attenue en rien le pouvoir attractif de la drogue pour les adolescents qui découvrent leur corps, leurs sensations, leurs émotions, mais il est important de communiquer autour les risques de tomber dans une spirale addictive, et des souffrances que ça entraine.




Bravo Felix pour ce film émouvant et réaliste.



La bande annonce sur youtube

La bande son :
1. "Treasure" - Sampha
2. "Helicon 1" - Mogwai
3. "Protection" - Massive Attack
4. "Territorial Pissings" - Nirvana
5. "Sound and Vision" - David Bowie
6. "Song To The Siren (Take 7)" - Tim Buckley
7. "Svefn-g-englar" - Sigur Rós
8. "Bridge" - Amon Tobin
9. "Haiti" - Pan Sonic
10. "Beautiful Boy (Darling Boy)" - John Lennon
11. "Wiseblood (Johnny Jewel Remix) - Zola Jesus and Johnny Jewel
12. "Nanou2" - Aphex Twin
13. "Of Once and Future Kings" - Pavlov's Dog
14. "Symphony No. 3, Op. 36 II. Lento e Largo - Tranquillissimo" - Dawn Upshaw, London Sinfonietta & David Zinman


Un film en salle le 6 février 2019.

04 janvier 2019

Border


Border, un film réalisé par Ali Abbasi
avec Eva Melander, Eero Milanoff, Jörgen Thorsson


Prix "Un Certain Regard" au dernier festival de Cannes



La critique de Christelle
Avec Border, le scenariste Ali Abbasi nous propose une histoire captivante et hors du commun qui nous transporte hors des sentiers battus du film de genre. Son film s’inspire d’une nouvelle de John Ajvide Lindqvist, auteur suédois qui s’encre de la littérature réaliste suédoise.
Dans le film « Border » on retrouve ce parti pris réaliste dans les choix esthétique du film : maquillage, dialogues, jeu d’acteur, image. Mais le film « Border » nous propose une narration entre réalisme, fantastique, histoire d’amour, drame et engagement socio-politique. Ce film transcende ainsi tous les genres du cinéma pour s’en affranchir et proposer au spectateur d’être transporté dans un univers au plus proche du réel mais qui réveille en nous nos fantasmes d’enfants où l’homme cohabiterait avec les fées, les ogres et autres créatures fantastiques.

Dans ce film, et du propre aveu d’Ali Abbassi, l’histoire n’est qu’un prétexte pour nous proposer de nous interroger sur des questions de société.
Quel est la part de bestialité sauvage qu’il y a en nous ? Qu’est ce que l’humanité ? Ne sommes nous pas finalement que des bêtes civilisées ? Qui sommes nous vraiment ? D’où vient notre identité ? Sommes nous ce que l’on a fait de nous, ce que l’on a décidé où notre identité appartient encore à quelque chose de plus profond ancré en nous et transmis génétiquement ? Nature ou culture ? Est-ce cette identité qui nous fait appartenir à un groupe ? Où est-ce le groupe qui nous reconnaît comme paire quelque soit notre identité ? Est-il possible de cohabiter entre groupes malgré nos différences ? Y a t’il de la légitimité dans les violences d’ordre communautaire ?

L’histoire est celle du Tina, douanière atteinte d’une malformation génétique qui la rends hideuse. Tina a un sens hors du commun pour repérer le mensonge, la honte, la culpabilité, la peur, l’angoisse des autres. Très vite elle rencontre, Vore, étrange personnage qui inspire le dégoût, le vice et qui pourtant l’attire inexorablement. Mais Vore met son don en déroute. Qui est t’il vraiment ? Qu'est-il ?
Eva Melander et Eero Milonof qui incarnent Tina et Vore portent des masques de silicones pour jouer leurs personnage. Malgré la difficulté du jeu d’acteur avec un tel maquillage, ils nous proposent une remarquable interprétation des personnages, avec de nombreuses expressions, des plus franches au plus subtiles.

Les deux personnages : tina et Vore sont donc rebutants. La façon dont ils sont présenté, leur apparence laide et difforme, leurs expressions faciales et leur comportement bestial, nous retranche dans nos instinct primaire à ressentir du dégoût, de la méfiance à leur encontre.
Pourtant c’est contre toute logique, en dehors de son aspect on ne connaît au début rien de Vore tandis que Tina est bien insérée socialement, appréciée dans son travail, en couple, attentive envers son vieux père.
L’intrigue policière parallèle à l’histoire d’amour de Tina et Vore va retourner ce dégoût contre le spectateur lui même en révélant notre propre bestialité et nous dégoûte de notre hypothétique humanité. Par une série d’analogies on en vient à ce demandé qui de Tina, Vore ou nous est le plus civilisé, voir à être dégoûté de la nature humaine .

Mais alors si ce n’est pas d’être civilisé qui nous identifie en tant qu’être humain, qui sommes nous au fond ? Des bêtes ? Tina n’a de cesse de répéter « Qui suis-je ? ». Dans cette recherche d’une identité authentique on la voit partir en quête de cette identité propre, ballottée entre l’envie d’être ce que l’on attends d’elle et sa nature profonde. Elle se posera des questions sur la légitimité des valeurs de son éducation, de la culture de ceux qui l’entoure et enfin elle sera tirailler de s’affranchir de tout cela pour trouver une identité au plus proche de sa nature.



Dans le film Tina et Vore inspire du dégoût et de la peur à ceux qui les entourent, on les perçoit comme des erreurs de la nature. Les choix de mise en scène, de jeu d’acteur et d’esthétique des personnages fait partager ce sentiment au spectateur Et nous confronte à l’inavouable, nos préjugés. Ce n’est pas sans nous rappeler les principes de la xénophobie et du racisme. C’est d’autant plus culpabilisant que le spectateur s’identifie à ceux qui dans le film les jugent et les rejettent. La fin du film nous confronte à la violence de ces conflits communautaire en nous interrogeant : Vaut-on vraiment mieux ?

La grande puissance de ce film ne réside ni dans son histoire ni dans les thèmes abordés mais dans le réalisme qui s’imbrique à des éléments fantastiques qui par série d’analogies, comme des miroirs font regarder la nature humaine et les rapports sociaux autrement. Comme Tina on se demande « Qui suis-je » Suis-je vraiment humain ? De quoi ma nature me rend elle capable ?

Ce film est une grande surprise, on en sort chamboulé et certainement pas indemne.


La bande annonce : sur youtube

En salle le 9 janvier 2019.
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