04 janvier 2019

Border


Border, un film réalisé par Ali Abbasi
avec Eva Melander, Eero Milanoff, Jörgen Thorsson


Prix "Un Certain Regard" au dernier festival de Cannes



La critique de Christelle
Avec Border, le scenariste Ali Abbasi nous propose une histoire captivante et hors du commun qui nous transporte hors des sentiers battus du film de genre. Son film s’inspire d’une nouvelle de John Ajvide Lindqvist, auteur suédois qui s’encre de la littérature réaliste suédoise.
Dans le film « Border » on retrouve ce parti pris réaliste dans les choix esthétique du film : maquillage, dialogues, jeu d’acteur, image. Mais le film « Border » nous propose une narration entre réalisme, fantastique, histoire d’amour, drame et engagement socio-politique. Ce film transcende ainsi tous les genres du cinéma pour s’en affranchir et proposer au spectateur d’être transporté dans un univers au plus proche du réel mais qui réveille en nous nos fantasmes d’enfants où l’homme cohabiterait avec les fées, les ogres et autres créatures fantastiques.

Dans ce film, et du propre aveu d’Ali Abbassi, l’histoire n’est qu’un prétexte pour nous proposer de nous interroger sur des questions de société.
Quel est la part de bestialité sauvage qu’il y a en nous ? Qu’est ce que l’humanité ? Ne sommes nous pas finalement que des bêtes civilisées ? Qui sommes nous vraiment ? D’où vient notre identité ? Sommes nous ce que l’on a fait de nous, ce que l’on a décidé où notre identité appartient encore à quelque chose de plus profond ancré en nous et transmis génétiquement ? Nature ou culture ? Est-ce cette identité qui nous fait appartenir à un groupe ? Où est-ce le groupe qui nous reconnaît comme paire quelque soit notre identité ? Est-il possible de cohabiter entre groupes malgré nos différences ? Y a t’il de la légitimité dans les violences d’ordre communautaire ?

L’histoire est celle du Tina, douanière atteinte d’une malformation génétique qui la rends hideuse. Tina a un sens hors du commun pour repérer le mensonge, la honte, la culpabilité, la peur, l’angoisse des autres. Très vite elle rencontre, Vore, étrange personnage qui inspire le dégoût, le vice et qui pourtant l’attire inexorablement. Mais Vore met son don en déroute. Qui est t’il vraiment ? Qu'est-il ?
Eva Melander et Eero Milonof qui incarnent Tina et Vore portent des masques de silicones pour jouer leurs personnage. Malgré la difficulté du jeu d’acteur avec un tel maquillage, ils nous proposent une remarquable interprétation des personnages, avec de nombreuses expressions, des plus franches au plus subtiles.

Les deux personnages : tina et Vore sont donc rebutants. La façon dont ils sont présenté, leur apparence laide et difforme, leurs expressions faciales et leur comportement bestial, nous retranche dans nos instinct primaire à ressentir du dégoût, de la méfiance à leur encontre.
Pourtant c’est contre toute logique, en dehors de son aspect on ne connaît au début rien de Vore tandis que Tina est bien insérée socialement, appréciée dans son travail, en couple, attentive envers son vieux père.
L’intrigue policière parallèle à l’histoire d’amour de Tina et Vore va retourner ce dégoût contre le spectateur lui même en révélant notre propre bestialité et nous dégoûte de notre hypothétique humanité. Par une série d’analogies on en vient à ce demandé qui de Tina, Vore ou nous est le plus civilisé, voir à être dégoûté de la nature humaine .

Mais alors si ce n’est pas d’être civilisé qui nous identifie en tant qu’être humain, qui sommes nous au fond ? Des bêtes ? Tina n’a de cesse de répéter « Qui suis-je ? ». Dans cette recherche d’une identité authentique on la voit partir en quête de cette identité propre, ballottée entre l’envie d’être ce que l’on attends d’elle et sa nature profonde. Elle se posera des questions sur la légitimité des valeurs de son éducation, de la culture de ceux qui l’entoure et enfin elle sera tirailler de s’affranchir de tout cela pour trouver une identité au plus proche de sa nature.



Dans le film Tina et Vore inspire du dégoût et de la peur à ceux qui les entourent, on les perçoit comme des erreurs de la nature. Les choix de mise en scène, de jeu d’acteur et d’esthétique des personnages fait partager ce sentiment au spectateur Et nous confronte à l’inavouable, nos préjugés. Ce n’est pas sans nous rappeler les principes de la xénophobie et du racisme. C’est d’autant plus culpabilisant que le spectateur s’identifie à ceux qui dans le film les jugent et les rejettent. La fin du film nous confronte à la violence de ces conflits communautaire en nous interrogeant : Vaut-on vraiment mieux ?

La grande puissance de ce film ne réside ni dans son histoire ni dans les thèmes abordés mais dans le réalisme qui s’imbrique à des éléments fantastiques qui par série d’analogies, comme des miroirs font regarder la nature humaine et les rapports sociaux autrement. Comme Tina on se demande « Qui suis-je » Suis-je vraiment humain ? De quoi ma nature me rend elle capable ?

Ce film est une grande surprise, on en sort chamboulé et certainement pas indemne.


La bande annonce : sur youtube

En salle le 9 janvier 2019.

10 décembre 2018

Green Book : Sur les routes du sud


Green Book : Sur les routes du sud
Un film de Peter Farrelly
Avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali, Linda Cardellini plus


Synopsis :
En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité.

Dans un pays où le mouvement des droits civiques commence à se faire entendre, les deux hommes vont être confrontés au pire de l’âme humaine, dont ils se guérissent grâce à leur générosité et leur humour. Ensemble, ils vont devoir dépasser leurs préjugés, oublier ce qu’ils considéraient comme des différences insurmontables, pour découvrir leur humanité commune.



Mon avis :
Très honnoré tout d'abord par la présence de Monsieur Viggo Mortensen à cette avant-première. L'acteur affiche beaucoup de simplicité, de modestie, parle de ses doutes initiaux lorsqu'on lui a proposé ce rôle. Le rôle principal est en effet celui d'un italo-américain, et lui n'a pas personnellement baigné dans cette culture, alors qu'il existe beaucoup de très bons acteurs d'origine italienne. Il s'exprime dans un français excellent, ce qui m'a surpris venant d'un acteur de sa renommée, que j'imaginais americo-hollywoodien, mais qui a des attaches en Europe.

Viggo, c'est une valeur sûre. pour citer quelque uns de ces films notables : Captain Fantastic, La Route, A History of violence, Les Promesses de l'ombre, ou encore la trilogie du Seigneur des anneaux‎...
Sa présence au casting est en général gage de qualité, une des raisons pour lesquels j'ai été voir ce film confiant, sans même lire le synopsis.

Et bien pas de regrets. Le film est traite d'un sujet délicat, mais il est très drôle. Le duo formé avec Mahershala Ali (L'Étrange Histoire de Benjamin Button, Moonlight, The Place Beyond the Pines) est efficace. Les deux personnages sont aux antipodes. L'un est noir, éduqué, droit mais froid, solitaire, longiligne quand l'autre est blanc, brut, beau-parleur mais attachant, très enraciné dans sa famille et son quartier, et ne compte pas les calories.



Ces personnages opposés donneront lieu à des dialogues savoureux, avec un humour bienvenu car il permet de faire retomber la lourdeur du thème et du décor, c'est à dire celui du Sud des Etats Unis dans lequel règle un racisme généralisé en 1962.

De mon point de vue, le film aborde avec humour et intelligence la question de la ségregation raciale aux Etats Unis, car même si il la subbit, Mahershala Ali renonce à la violence. L'une de ses grandes phrases est d'ailleurs
La dignité gagne toujours
.



Aux Etats-Unis comme en France, les tensions liés au racisme sont toujours présentes. Les uns pointent du doigt les problèmes d'inégalités des chances, de contrôles au faciès, et les autres désignent l'homme étranger, différent, comme un bouc emissaire, autant par ignorance que par peur.

Aux Etats Unis, on voit depuis 2013 l'éclosion du mouvement Black Lives Matter avec plusieurs manifestations dans le pays. Le sujet est sensible, et toujours d'actualité avec l'election de Trump soutenu par les nationalistes blancs.

Le cinéma a suivi avec plusieurs films sur l'histoire de révoltes :
- Amistad (1997), film épique de 2h45 de Spielberg.
- Django Unchained (2012) avec la touche Tarantino, de la tension mais surtout une grosse fusillade finale.
- Le Majordome (2013) dans la peau d'un majordome de la Maison Blanche.
- Twelve Years a Slave (2013) un film dur où un citadin noir du Nord est kidnappé et vendu comme esclave dans le Sud.
- The Birth of nation (2016), un film encore plus dur, dans lequel aucun blanc ne tend la main pour venir en aide aux esclaves.

Il y a des films durs, qui sont importants car ils montrent les faits, et la cruauté dont l'humain est capable. Ici la violence est davantage dans les situations de la vie quotidienne, mais elle n'est pas ou peu physique. Le film dénonce l'injustice mais envoie un message pacifique, fraternel.
On sait évidement qui sont les "gentils" et les "méchants", mais on ressort du cinéma sans haine. On a de l'admiration pour ce personnage digne, qui opte pour une révolte non-violente. Et par les temps qui courent, l'appaisement des tensions est une bonne chose il me semble.


Film en salle le 29 janvier 2019.

Pour en savoir plus :
- la bande annonce sur Allocine
- pour en savoir plus sur la vie de Don Shirley : wikipedia

27 septembre 2018

La Saveur des ramen

La Saveur des ramen réalisé par Eric Khoo
Avec Takumi Saitoh, Jeanette Aw Ee-Ping, Mark Lee
En salle le 3 octobre 2018


Synopsis
Masato, jeune chef de Ramen au Japon, a toujours rêvé de partir à Singapour pour retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère quand il était enfant. Alors qu’il entreprend le voyage culinaire d’une vie, il découvre des secrets familiaux profondément enfouis. Trouvera-t-il la recette pour réconcilier les souvenirs du passé ?



Mon avis
La saveur des ramen est un film centré sur l'art de la table. On sélectionne ses produits minutieusement, on prépare avec délicatesse, on ajoute les ingrédients un à un, on goute avec attention, on fait gouter avec générosité, on partage, on apprécie...

L'histoire est celle d'une famille d'abord, qui tous travaillent en cuisine, dans leurs restaurants. Le père vient du Japon, la mère de Singapour, mais la grand-mère maternelle refuse d'accepter cette relation à cause du conflit sino-japonnais qui a causé beaucoup de souffrance.



Le petit fils appartient à la nouvelle génération, il veut renouer avec ses origines, et parallèlement il souhaite mettre au point une nouvelle recette.
Cette recette va s'inspirer des traditions des deux pays, et sera synonyme de réconciliation.

Par cet aspect, le film est très politique, et explique pourquoi l'ambassadeur de Singapour accompagnait l'équipe du film lors de l'avant-première.




Néanmoins pour parler du film, on note quelques faiblesses.
Il est lent, bascule par moment dans le sentimentalisme, soutenu par une petite musique enfantine. Il y a des larmes, et le jeu d'acteur sonne parfois faux.
Les personnages sont assez simplistes et manquent de profondeur, le scenario linéaire, prévisible.Seul l'oncle, qui parle anglais, amène une énergie communicative, et un peu d'humour qui font beaucoup de bien au film.



Quant au positif, déjà, le film donne faim ! (voir la bande-annonce en guise d'amuse-bouche)
Il n'est pas du tout vegan-friendly, mais il donne envie de visiter Singapour, le Japon et leurs restaurants. Ou, à defaut pour les parisiens, d'aller faire un tour vers les restaurants du quartier St Anne.

Et j'oubliais presque, merci à Allociné pour l'invitation à cette avant première, et au food-truck qui, pour l'occasion, nous a servi de déliceux ramen.




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